Cette exposition collective tend à explorer les lieux les plus intimes pour se rendre ensuite sur des territoires plus vastes et inconnus. Traversant les creux de nos voix, de nos respirations, nos mondes propres et nos chambres, jusqu’au sein des abysses et au-dessous des manteaux terrestres. Il se dessine des paysages qui semblent désolés, posant la question de la possibilité de la relation à un environnement contemporain abîmé. Comment habiter ce devenir-ruine, ce qui a été laissé là, ce dont on hérite ?
Aloïs Frost (LabPro, diplômée DNSEP 2025) a rencontré Blanche Coquerel et Gabriel Garçonnat précédemment lors de la résidence d’écritures Le Grand Bain à la Ciotat en novembre 2025. Ce projet de résidence liée à l’émergence de jeunes artistes est coordonné par La Marelle-résidences d’écritures Marseille, Mécènes du sud, les écoles supérieures d’art d’Aix-en-Provence, Marseille, Toulon.
« Mon travail est traversé de fragilités, de tensions, d’attentions portées aux lieux et aux autres ; la mise en mouvement y est sans doute toujours le point de départ. Il s’agit de commencer par une sensation, une observation, une nécessité. Les gestes répétés tendent à révéler les implicites. Pointer une fissure ici, souligner un soupir là. La recherche quotidienne met en dialogue des écritures chorégraphiques, des objets manipulables, des objets édités... Tous susceptibles de se répondre, de se répandre, et d’évoluer. Au sein de rythmes parfois effrénés, je tente de trouver des stratégies de repos, de respiration, et me questionne sur les interstices au-dehors de l’utlitaire. J’essaie d’envisager les souffles, les creux, les silences et les voix comme autant d’éléments ambivalents et coexistants dans la mise en place de pratiques presque rituelles. La transmission est alors un endroit clé des pratiques du commun : l’objet éditorial — mode d’emploi, notice, carte — devient un moyen de multiplier les outils, qui peuvent amener à faire, refaire, défaire. A travers ces dispositifs, je m’attache à faire de mes pratiques des espaces de possibles, des interfaces résolument anti-productivistes, échappant à la fétichisation. Les gestes anti-spectaculaires traversent, puis s’ancrent dans les paysages et les architectures qui m’entourent. Comment les habiter, comment y créer du commun, y établir des pratiques de soin ? Penser et panser les fatigues, les besoins, les zones de contact, porter une oreille attentive à la porosité entre les corps et à leurs manières de communiquer, sont aussi pour moi des manières de construire une éthique de travail située, une écoute radicale, une poésie doucement révolutionnaire. » (Aloïs Frost)



