À l’occasion de la publication de la première monographie de Xie Lei, Florian Gaité analyse le traitement du toucher dans l’iconographie spectrale du peintre, lauréat du prix Marcel Duchamp 2025 : "La présence n’est peut-être plus qu’une chose du passé, un reste métaphysique frappé d’obsolescence, réduit à l’état de spectre. Pour les philosophes de la déconstruction, l’évidence sensible du présent vécu, ici et maintenant, ne suffit plus à la manifester pleinement. La présence doit aussi être appréhendée depuis ses absences, ses oublis, ses retraits, habitée par ce qu’on ne perçoit plus ou pas encore, par tout ce qui n’existe qu’à l’état de traces (la mémoire, le désir, l’inconscient ou la mort). Récusant l’ontologie, ou science de l’être, au profit d’une hantologique, ouverte aux spectres et au non-être, Jacques Derrida soutient que la présence relève d’un jeu d’écarts, d’une différance à soi qui la rend fuyante, proprement imprenable. Mais si alors la présence est ce qui ne se laisse pas saisir, est-il raisonnable d’espérer la représenter ? La peinture en a-t-elle seulement les moyens ? Ne devrait-on pas se résoudre à en faire le deuil ? L’œuvre de Xie Lei constitue une tentative de répondre à cette aporie. Sa peinture hantologique vise en effet à donner au spectral sa corporalité et, grâce à elle, à manifester l’étrangeté radicale du réel." (extraits)
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- Le Tact des spectres. Xie Lei et la peinture hantologique



